Fête de la SAINTE CROIX
- carmelnevers
- 13 sept. 2019
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« Nul n’est monté au ciel, hormis celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme. Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’homme, afin que quiconque croit ait par lui la vie éternelle. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. »
Jean 3, 13-17

La fête de la Croix glorieuse célèbre le grand pardon des péchés, définitif, accompli, pour tous. Elle raconte comment la vie de Dieu a gagné, comment cette vie poursuit sa route en nous, comme un fleuve qui irrigue chacune de nos existences. Cette vie, donnée, car Dieu est don, cette vie de Dieu qui vit en nous, c’est l’Esprit du Christ ressuscité, qu’il a déposé en remettant sa vie entre nos mains. « C’est lui qui est venu par eau et par sang : Jésus-Christ, non avec l’eau seulement mais avec l’eau et le sang. Et c’est l’Esprit qui rend témoignage, parce que l’Esprit est la vérité », reprendra la première épître de Jean 5,6. Le passage de l’évangile de Jean est très court, et un peu énigmatique. Quelle est donc cette comparaison entre le Christ crucifié, la croix glorieuse et le serpent du désert ? Il nous faut faire un nouveau , du côté du livre des Nombres 21,4-9 qui raconte cette histoire de serpents.
À l’heure de l’Exode, le peuple peine à être libre. Il faut marcher, un jour à la fois, et manger ce que Dieu donne, un jour à la fois. Les Hébreux récriminent contre Dieu et contre Moïse. À quoi bon la liberté si l’eau manque et si le pain n’est plus beurré ? L’épreuve prend cette fois l’aspect de serpents qui mordent les Hébreux, et beaucoup en meurent. Le serpent n’est pas une figure anodine. Il rappelle ce premier serpent menteur de la Genèse, que l’Apocalypse nomme le Diable (le Diviseur) ou le Satan (l’Accusateur), qui tord le langage pour diviser et accuser ceux que Dieu a créés pour l’unité, comme notre langue le fait lorsqu’elle accuse ou sème la suspicion sur les places publiques, le secret des alcôves ou les couloirs de nos lieux les plus quotidiens.
Saisis d’effroi, les Hébreux supplient Moïse d’intercéder en leur faveur, ce qu’il fait, lui l’intercesseur, qui trace dans le sable du désert le chemin pour la grande intercession du Fils. Et Dieu commande à Moïse de façonner un serpent en airain, mis en hauteur sur un étendard, afin que quiconque regarde vers le serpent soit sauvé de sa blessure et reste en vie.
Le Fils est du côté des coupables, des perdus, des condamnés
Sur la croix en effet, le Fils unique, unique grand prêtre, unique agneau, est élevé et fixé, comme le serpent. Il est l’intercesseur.
Il est mis à la place du serpent, à la place de l’accusateur, à la place des coupables, à la place du péché. Paul, dans la seconde Lettre aux Corinthiens, le dit on ne peut plus clairement : « Celui qui n’avait pas connu le péché, il l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu » 5, 19-21. La croix, lieu de malédiction, supplice pour les bandits et les délinquants de droit commun, devient le trône du Roi.
Oui, c’est là que meurt le Fils de l’Homme, entre deux pauvres types, du côté des coupables. Il porte toutes les fautes, et toute l’accusation. À jamais, le Fils est de ce côté-ci, du côté des coupables, des perdus, des accusés, des condamnés. Il prend toute la place afin qu’il n’y ait plus de place pour le péché. Il est victorieux du péché en occupant son lieu. Notre misère, désormais, est tout enveloppée de la miséricorde de Dieu manifestée sur la croix. « Dieu avec nous ». Jusque-là.
Il n’est plus besoin de temple. Car le temple, c’est lui, ou plutôt c’est le corps de l’homme qu’il a choisi pour être avec nous. C’est le corps de l’homme devant lequel il s’est incliné à l’heure du lavement des pieds. C’est le corps de l’homme qui est devenu temple de l’Esprit. Notre corps, vivant de son Esprit. Oui, cette croix de malédiction est aussi le lieu de la gloire de Dieu et de la gloire de l’homme.
« Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » Jn 3, 17. Sr Anne LECU extraits